Qui ne risque rien n'est rien… sur le chemin de Damas, alors que les opinions ont cédé face aux certitudes…
on ne le dit assez : un âge n'en chasse pas un autre, tous les âges qu'on a vécu coexistent à l’intérieur de soi, ils s'empilent, et l'un prend le dessus au hasard des circonstances.

mercredi 12 avril 2017

Robert Boissières... martyr de l'Algérie française


Faire-part édité et diffusé clandestinement par l’Association générale des étudiants d'Alger (AGEA) :

(Maquette réalisée par Josseline Revel-Mouroz et Hélène Mattéi - AGEA)

"Un matin, en arrivant à l'AGEA, j'apprends qu'il n'est pas rentré chez lui la veille. Tout le monde se met à sa recherche et, je ne sais plus comment, quelqu'un nous dit qu'il était… au cimetière de Saint-Eugène ! Je suis partie en voiture avec je ne sais plus qui et, à Saint-Eugène, nous l'avons vu, nu, les yeux ouverts, dans une caisse en bois blanc. Il y a des moments où je me demande si je n'ai pas rêvé… Je me souviens aussi très bien que son frère, détenu, n'a pas eu l'autorisation d'assister à son enterrement."

 
Robert Boissières, 20 ans
(photo prise peu avant son assassinat)
Robert Boissières, né le 11 février 1942 à Toulousea été odieusement assassiné à vingt ans devant le domicile de ses parents le jeudi 12 avril 1962 à Alger par une bande d'aviateurs de l'armée française en vadrouille.  Troufions éméchés fervents degaullistes quillards de l'Appel à la capitulation du 19-Mars… Agression gratuite, lâche, imbécile, criminelle. Geste de Français ordinaires…

Aspects de la France, jeudi 19 avril 1962 

Nouvelles d’Alger 
(Copie intégrale d’un article non signé publié par Aspects de la France, le jeudi 19 avril 1962. L’original de cette coupure de journal m’a suivi jusque dans mon exil asiatique.)
Le 12 avril 1962, vers 23 heures, un peu avant le couvre-feu, un jeune Français de 20 ans, étudiant en 1ère année de Droit, Robert Boissières, a été tué par les « forces de l’ordre », une patrouille de gendarmerie de l’Air, près du Rectorat, route du Golf à Alger.
Il venait, avec quatre camarades, dont son frère, âgé de 18 ans, d’apposer des inscriptions "O.A.S." dans le quartier.
Ils rentraient chez eux lorsque, entendant une voiture militaire, ils se cachèrent dans le rebord du talus, parmi les herbes. C’est là que sans sommation aucune, Robert Boissières fut exécuté d’une rafale de mitraillette, tandis que son camarade, Jean Zonza, 21 ans, étudiant en Médecine, était grièvement blessé.
Le quartier fut mis en émoi par cette rafale et en particulier les parents de Robert qui habitent au Clair Logis des P.T.T. Son père, inquiet, descendit immédiatement sur les lieux du drame. Il rencontra un militaire qui lui annonça froidement qu’il venait de « fusiller » un jeune, en même temps qu’il lui tendait la carte d’identité de sa victime. Douleur du pauvre père lorsqu’il reconnut que c’était celle de son fils.
Les Agences de Presse ont donné différentes versions, des versions fausses surtout. On a prétendu qu’un coup de feu avait été tiré. C’est faux. Ces garçons n’étaient pas armés. Mais on use du mensonge pour essayer d’excuser un acte odieux…
Les obsèques de la jeune victime ont été célébrées ce matin, lundi 16 avril, à 9 heures, à la "sauvette". On avait interdit tous faire-part et communiqués dans les journaux. On craignait l’affluence… J’y suis allé avec mes enfants et deux camarades de Robert Boissières.
Malgré toutes les précautions prises par les autorités, il y avait plus d’un millier de personnes à suivre ce malheureux convoi de quelques mètres dans le cimetière de Saint-Eugène, entre la morgue et le dépositoire. Mais obsèques émouvantes, bouleversantes dans leur simplicité, dans leur clandestinité. Foule digne, très impressionnée… Les martyrs de la foi en ont eu d’identiques, et de telles morts, de telles obsèques ne peuvent qu’affermir une religion ou un idéal…
Le jeune frère de Robert, retenu à l’école de police d’Hussein Dey, n’a pas été autorisé à rendre ce dernier hommage… Quelle tristesse.
Ce n’est pas avec de tels assassinats, de tels procédés pour essayer d’étouffer nos sentiments qu’on parviendra à l’apaisement d’une population française de plus en plus survoltée.
Après cette pénible cérémonie, je suis allé ensuite, seul, me recueillir sur les lieux du drame. À l’endroit où est tombé ce pauvre enfant : des bouquets de fleurs, quelques-uns avec ruban tricolore et contre le tronc d’un arbre mort trois lettres sont épinglées : celle d’une mère bouleversée, et deux autres écrites par des camarades de la victime. Lettres qui crient une indignation bien légitime…

Le rédacteur, sous la menace de la censure et de la saisie du journal, malgré son émotion, reste très réservé. Il ne précise pas que la caserne de ces aviateurs jouxte l’immeuble du Clair Logis des P.T.T. Il ne s’interroge pas sur ce que faisaient réellement à cette heure hors de leur base ces aviateurs ? Retour de beuverie ? Ce qui est avéré est que le militaire assassin qui proclama froidement qu’il venait de « fusiller » un jeune, ses acolytes et toute la troupe, jusqu’à tard dans la nuit, fêtèrent ce haut fait de guerre sous les fenêtres des familles des victimes. De plus, nous ne pouvons manquer de nous interroger sur la sanction de cet acte de bravoure. L’assassin et ses complices furent-ils par la suite décorés ? La haine degaulliste n’exclut rien. 

Depuis, en France, sur le territoire français métropolitain, partout, chacun risque de croiser l’un de ces ivrognes. Pourquoi ne serait-ce pas celui-ci ? Pourquoi pas celui-là ? De toute façon par leurs votes successifs, et d’abord celui en faveur de l’abandon de l’Algérie, les Français ont sans cesse réaffirmé leur complicité avec ces assassins… Décidément, ce pays m’est définitivement infréquentable… À présent, mon vœu le plus cher reste de n'avoir jamais à vivre dans ce pays d’infâmes, la France,… ni d'y crever,… ni que mes cendres y soient  souillées.

Alex Nicol dans « La Bataille de l’OAS » publié dès novembre 1962 (Les Sept Couleurs) donnera une version qui rejoint celle d’Aspects de la France, et  confirme (pages 129-130) : « Jamais on n’a fait état de l’ouverture d’une enquête quelconque ni de sanctions prises contre ces militaires pour le moins nerveux sur la gâchette… »

Une version tout aussi horrible de ces faits est rapportée par Francine Dessaigne dans son « Journal d'une mère de famille pied-noir » : 

Vendredi 13 avril 1962. … Le journal d'hier nous apprend la mort de Robert Boissières, dix-neuf ans. Jeudi soir, il dînait en compagnie de son frère aîné chez la fiancée de ce dernier. Vers 11 heures ils rentrent à pied dans le quartier de la Redoute. Un groupe de jeunes gens court sur la chaussée suivi de près par une patouille de métropolitains. Les Boissières s'arrêtent. Les jeunes gens prennent une petite rue et disparaissent dans la nuit. La patrouille revient sur ses pas et retrouve les deux frères. Bruit de culasse, les jeunes gens s'aplatissent sur le trottoir. Les soldats s'approchent et, presque à bout portant, tirent deux balles dans la tête de Robert et une rafale sur son frère. Robert Boissières est mort hier matin; son frère exsangue est dans un état grave. C'est ce que raconte à mon mari un de leurs cousins…

Les divergences entre ces versions des circonstances d’un même assassinat témoignent de l’extrême tension qui régnait alors à Alger et de l’intolérable pression exercée par les séides du pouvoir métropolitain d’alors désormais allié inconditionnel du FLN, tant dans le crime que dans la propagande et la manipulation de l’information. Ce même jour, ce 12 avril 1962, le général Edmond Jouhaud, arrêté à Oran peu avant, est condamné à mort. Le vendredi suivant, le 20 avril, le général Raoul Salan devait être lui aussi arrêté…

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Le 10 octobre 1984 Robert a quitté Terre-Cabade. Il repose désormais au nouveau cimetière de Cugnaux, dans la proche banlieue de Toulouse.








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Instants de bonheur à l'AGEA…  Robert : le seul civil

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Le 5 juillet 2003, en présence de plus de 1500 personnes unies dans un profond recueillement, était inaugurée, au centre du cimetière du Haut-Vernet à Perpignan, une stèle en l'honneur de 104 des "fusillés et combattants  tombés pour que vive l'Algérie française". 

Inauguration de la stèle aux "Martyrs tombés pour l'Algérie française", fin de cérémonie : appel personnel de chacun des 104 Martyrs
"Aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive l'Algérie française",
cimetière du Haut-Vernet, Perpignan


"Aux fusillés, aux combattants tombés pour que vive l'Algérie française"… 
104 martyrs auprès des fusillés  Jean Bastien Thiry, Roger Degueldre, Albert Dovecar, Claude Piegts,
 cimetière du Haut-Vernet, Perpignan


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À Robert Boissières  cette page est dédiée. Qu'elle appartienne  à chacun de ceux qui se souviennent de Robert, à tous ses amis… Qu'ils y déposent témoignages, photos,  documents… et que de Robert vive le souvenir… 



dimanche 12 mars 2017

Face à la dictature de la bien-pensance, Oscar Wilde a toujours raison…


"Je ne connais que la civilisation ou la barbarie,
et je suis du côté de la civilisation."

"Tu es le souverain, vis seul."
Alexandre Sergueïevitch Pouchkine

Relire Oscar Wilde est toujours un bonheur… Son Portrait de Dorian Gray demeure une œuvre initiatique majeure. Une de ces œuvres que tout adolescent aura découvert avec une intense émotion et dont il sera ressorti à jamais armé face aux aléas d'une vie férocement futile… Son regard posé sur le monde désormais sera affranchi des illusions castratrices des propagandes et manigances des fantoches qui prétendent le formater… L'imprégnation de cette œuvre initiatique, plus tard, sera relayée et confortée par la lecture de Louis-Ferdinand Céline… Oscar Wilde et Louis-Ferdinand Céline sont de ces très rares auteurs - les seuls ? - qui ont toujours raison face à une société frelatée… Quiconque se sera abreuvé à leur fréquentation restera invulnérable… Nul ne pourra l'atteindre dans sa liberté de regarder, d'estimer, de penser…
Oscar Wilde et Louis-Ferdinand Céline, en débit de tout ce qui les oppose, sont de ceux qui façonnent, éclairent, interrogent, assurent, confortent, consolent, amusent, enchantent, émerveillent… libèrent. De ceux dont la fréquentation jamais ne se lassera…
Avec eux, oublions les inutiles bavards… nullards, jobards, piaillards, bravards, pontifiards, tocards, connards, bâtards, cafards, politicards, laïcards, dreyfusards… et parmi ceux-là les pires de tous, ceux de la secte des geignards pleurnichards craignant Dieu…
C'est avec grand bonheur que se découvre un écrit intelligent à propos de l'un ou l'autre de ces maîtres de vie… Xavier Darcos - oublions le politique - avec son "Oscar a toujours raison" permet à Oscar Wilde de vivre et s'exprimer pour nous… Un rappel juste et bienvenu de l'œuvre d'Oscar Wilde, de sa vie… à un moment où notre jeunesse est agressée par l'indécence pornographique, l'indécence de l'exhibitionnisme outé et outré homosexuel, l'indécence d'escapades scootérisées faussement clandestines hors de palais squatterisés de la Raie-publique…



Oscar Wilde, le génie brumeux

— « Êtes vous conservateur ou libéral, monsieur Wilde ? »
— « Ces choses-là ne m’intéressent pas. Je ne connais que la civilisation ou la barbarie, et je suis du côté de la civilisation. »
[Première conférence de presse d'Oscar Wilde à New York, en 1882]

Portrait d'Oscar Wilde (1882) par Lausanne Napoléon Sarony (1821-1896)


Oscar a toujours raison, nous dit Xavier Darcos. L’ancien ministre de l’Éducation nationale, élu à l’Académie française en 2013, pose le regard du poète irlandais sur notre époque, moralisatrice et transparente. WILDE NOUS PARLE à travers un écran de fumée. De lui, nous retenons le dandy par excellence, désinvolte et vaniteux, glissant ses bons mots dans les conversations des salons victoriens et s’entourant des plus grands de son époque. Sa superficialité de façade, ses accoutrements excentriques et son anti-utilitarisme laissent de lui l’image d’un hédoniste cultivant le mystère.

Xavier Darcos montre que derrière ce personnage façonné par Wilde se cache une pensée complexe et cohérente. L’ancien ministre s’inscrit dans la lignée de Luis Borges, cité au début de l’ouvrage : « En lisant et relisant Oscar Wilde au cours des années, je me suis aperçu de quelque chose qui semble avoir échappé à tous ses admirateurs : Wilde a toujours raison ». [Jorge Luis Borges, Enquêtes, 1952]

Xavier Darcos cherche dans la brume le fil rouge de la pensée wildienne. Le livre n’est pas une biographie, ni un roman, forme qui rend sans doute le mieux compte du génie d’Oscar Wilde [voir Les Aventures d’Oscar Wilde par Gyles Brandreth, où l’œil du poète irlandais devient celui d’un détective]. L’auteur, docteur ès lettres et longtemps professeur de littérature, fait « gloser » Wilde sur « le spectacle de (notre) monde », « comme s’il était là parmi nous ». Si le livre tourne parfois à l’explication de textes appuyée de (trop ?) nombreuses citations et compte quelques redondances, il éclaire brillamment la pensée d’Oscar Wilde.

Un provocateur et un individualiste authentique

Xavier Darcos, dans un ouvrage consacré à Tacite, disait déjà tout le mal qu’il pensait de l’« Empire du bien », cet univers de conformisme et d’indignation moralisatrice. Oscar Wilde, à l’inverse des Torquemada médiatiques, cultive le cynisme, la provocation et un individualisme « vautré dans le monde » qui a peu à voir avec le tout-à-l’égo moderne raillé par Régis Debray.

Le drame de notre époque, nous disent en chœur Xavier Darcos et Oscar Wilde, est qu’elle se prend trop au sérieux. Le second degré est devenu intolérable dès lors qu’il s’attaque aux vaches sacrées du progressisme (multiculturalisme, néo féminisme, européisme). C’est l’infantilisation générale : « le drame de la jeunesse, ce n’est pas qu’on se fait vieux, c’est qu’on reste jeune » avait prévenu Oscar Wilde. Et de cette régression le marché se frotte les mains : « Les gens connaissent le prix de tout et la valeur de rien ».

Wilde ne joue pas au donneur de leçon. Darcos non plus. L’auteur nous montre un moraliste, pas un moralisateur. Car Wilde se refuse à une simplification abusive, à une vision binaire bourreau-victime si prisée des médias. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles il n’aime pas l’« ignorance malsaine » et le « manque cruel d’imagination » des journalistes et des universitaires. Il met sur le même plan « ceux qui savent absolument tout » et « ceux qui ne savent absolument rien ».

À cette conception de la vérité, Wilde oppose la sienne. Le vrai ne se donne à voir qu’à travers les masques. Il faut enfumer pour révéler. Son art du paradoxe, qu’il maîtrise à la perfection dans la lignée des présocratiques, est ici fondamental. Darcos rappelle cette pensée de Wilde : « L’harmonie du corps et de l’âme, quel rêve !Nous, dans notre aveuglement, nous avons séparé ces deux choses et avons inventé un réalisme qui est vulgaire, une idéalité qui est vide ». Le rêve et les sens, l’artifice et la vérité, la beauté et l’illusion, sont inséparables les uns des autres.

Faire de sa vie une œuvre d’art

À travers Oscar Wilde, Xavier Darcos nous parle aussi de la transcendance. C’est elle qui permet d’échapper aux sirènes du nihilisme. Wilde sacrifie tout à l’Art. Il a fait de sa vie un tableau tragique, refusant les échappatoires pour « aller au bout de sa vérité » comme il l’écrit dans le Portrait de Dorian Gray. L’hédoniste Oscar Wilde, paradoxalement là encore, est mort pour son idéal de l’Art antique. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’écriture du Portrait de Dorian Gray et de Salomé, « les seules (œuvres) auxquelles Wilde attachât de l’importance », selon Pascal Acquien, « fut chose laborieuse ».

L’Art pour Oscar Wilde est au dessus de tout. Il est une mise en danger et l’expression de la Vérité, bien qu’il porte le masque du mensonge. « La nature imite l’art » affirme-t-il. Les artifices de Wilde, ne relèvent donc pas seulement du jeu, ou du non-sense mais d’une recherche permanente de la Vérité. « Tout esprit profond avance masqué » disait Nietzsche.

La Vérité dans la brume

L’artiste Oscar Wilde a ses excès et ses extravagances. Mais y-a-t-il un génie sans excès ? Il nous regarde avec son sourire amusé. Toujours improbable et imprévisible : « Je vis dans la terreur de ne pas être incompris ». Xavier Darcos donne à comprendre sa pensée sans chasser le mystère et le charme du poète. Wilde reste brumeux, et c’est tant mieux.

Source :Laurent Ottavi pour LibertéPolitique.com


Oscar Wilde fasciné par le catholicisme…

On connaissait la passion de Xavier Darcos, président de l’Institut et plusieurs fois ministre, pour la culture antique et les auteurs français du XIXe siècle. On découvre, dans son nouveau livre "Oscar a toujours raison", qu’il est aussi un fin connaisseur d’Oscar Wilde…


Portrait d'Oscar Wilde (1882) par Lausanne Napoléon Sarony (1821-1896)

Liberté politique Gide rapporte cette confession de Wilde : « Voulez-vous savoir le grand drame de ma vie ? C’est que j’ai mis mon génie dans ma vie ; je n’ai mis que mon talent dans les œuvres. » En quoi l’œuvre de Wilde, malgré tout, est celle d’un grand auteur ?


Xavier Darcos — Wilde pense que l’artiste doit mettre son génie dans sa vie. C’est un homme de postures, de paradoxes et de contrepieds. Il se comporte en société comme un dandy : il clame son goût du superficiel et rejette les rites institutionnels. Wilde est aussi un grand orateur, capable de passer d’un sujet à un autre avec une virtuosité éblouissante. Mais c’est quand même un auteur complet ! Il est poète, romancier, homme de théâtre, philosophe. À la fin de sa vie, il revient même à une littérature de méditation. Wilde est un artiste à part entière.

LP — Dans votre livre, vous opposez le génie brumeux de Wilde à l’« Empire du bien », c'est-à-dire notre époque, moralisatrice et transparente. Annonce-t-il cet enfer moderne ?

XD — Wilde craignait que l’esprit de sérieux n’empêche toute initiative privée, toute indépendance d’esprit. Il abhorrait le consensus moral, qui débouche toujours sur une censure morale. C’est ce qui s’est produit. Avec les nouvelles techniques de communication, une chape pesante de bien-pensance et de culpabilisation opprime la libre pensée. Les gens qui pensent encore par eux-mêmes sont souvent marginalisés.

Oscar Wilde n’aimait pas non plus ce que nous appelons aujourd’hui « transparence ». C’est la célèbre phrase de Sartre, dans Huis clos : « L’enfer c’est les autres… » si vous ne pouvez rien leur cacher. Dans l’Enfer, tout le monde est transparent. Pour être vrai, il ne faut pas être soumis sans cesse à la censure ou à la contrainte des autres. Sinon vous perdez votre identité : vous êtes un militant ou un mondain, vous pensez ce que pensent les autres. Le masque est une obligation pour quiconque veut rester libre.

« LA RÉALITÉ IMITE L'ART »

LP — Vous montrez que, derrière son image de brillant causeur, Oscar Wilde est un grand penseur. Bien qu’il ne constitue pas ses idées en système, quelle est la cohérence de sa pensée ?

XD — Son œuvre le tirait naturellement vers le jeu, vers la fancy (fantaisie) comme il le disait lui-même. Wilde a voulu contrebalancer cette tendance par la construction d’une pensée philosophique. Il a voulu qu’on prenne au sérieux le Portrait de Dorian Gray. D’abord paru en feuilletons, ce texte a reçu énormément de critiques pour son immoralité. Wilde a pris le temps d’argumenter le fond de son paradoxe, à savoir que la réalité imite l’art et non l’inverse. Nous regardons le monde avec les images que les artistes nous ont léguées.

Il a aussi écrit quelques textes théoriques sur le socialisme, qu’on appellerait aujourd’hui individualisme. Ce n’est pas ce qu’il a fait de plus subtil. L’Âme de l’homme sous le socialisme n’est pas le texte le plus important de la pensée politique du XIXe siècle ! Ajoutées à ses réflexions sur la relation entre vérité et art, ces idées constituent néanmoins les prémices d’un système de pensée. Le destin l’empêchera d’aller plus loin. Mais, dans De Profundis ou la Ballade de la geôle de Reading, on peut encore observer cette tendance à raisonner, à approfondir le mystère humain.

La bêtise des émissions de téléréalité est souvent brocardée dans votre livre. Pourtant l’une d’entre elles avait repris ce paradoxe de Wilde dans son générique : « Le seul moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder… » N’y a-t-il pas quelque chose de postmoderne chez Oscar Wilde ?

Il y a trois approches principales à la postmodernité. La première est un présentisme. Il faut saisir les choses à l’instant parce qu’elles se fanent très vite. C’est évident chez Wilde, prêt à dire n’importe quoi pour un bon mot. Lorsqu’on lui demande pourquoi il ne défend pas Dreyfus, il répond : « On a toujours tort d’être innocent. » La deuxième approche est un refus des grilles de pensées à système. C’est le cas de Wilde. Enfin, la dernière est un hédonisme, une exaltation du principe de plaisir personnel : tirer son épingle du jeu à tout prix et immédiatement. On pourrait donc estimer que Wilde est un postmoderne.

« ÊTRE INCLASSABLE, C'EST CE QU'IL VOULAIT ! »

LP — Parmi les courants artistiques, spirituels de l’époque, on a le sentiment que rien ne pouvait convenir à Wilde. Dans le socialisme, écrivez-vous, il voit déjà la dérive totalitaire possible. Dans le christianisme, il rejette l’idée de souffrance. Est-il définitivement inclassable ?

XD — Être inclassable : c’est exactement ce qu’il voulait !

Le cas du christianisme est très intéressant et très ambiguë. Il vient d’un milieu irlandais, très anti-anglais. L’anglicanisme comme reflet religieux de l’Angleterre ne le satisfait pas naturellement. Wilde a connu la reconquête du catholicisme sur une partie des intellectuels, notamment le cardinal Manning qu’il rencontra. C’est une période pendant laquelle un certain nombre de figures de l’anglicanisme se sont converties au catholicisme, notamment à Oxford où Wilde a lui-même été. Ces questions étaient donc dans l’air du temps.

Il était fasciné par les cérémonies catholiques. C’est un décorum qui correspondait plus à son tempérament que la froideur des cryptes protestantes. Il était passionné par l’esthétique sulpicienne, c'est-à-dire à la fois l’exubérance des décors et la souffrance. Il s’est rendu plusieurs fois à Rome, où il a rencontré deux papes.

Mais, en effet, le catholicisme ne pouvait pas non plus lui convenir. Le refus de la vie sensuelle, la culpabilisation de la sexualité ne pouvaient pas lui plaire. Ce en quoi, d’ailleurs, il se rapproche de Gide, issu d’un milieu protestant. Son attrait pour le catholicisme semble plus relever du jeu. C’est une parade bien plus que des convictions religieuses profondes, bien qu’il ait reçu les sacrements catholiques et se soit converti au catholicisme officiel.

LP — Lorsqu’il se compare au Christ à la fin de sa vie, que doit-on comprendre ?

XD — À ce moment là, il va très mal. Il a une forme de masochisme. On le voit dans De profundis, avec ce retour lancinant de la douleur. Il y a quelque chose de chrétien. C’est Job : l’humiliation, la souffrance physique, l’espérance de la punition par laquelle on sera sauvé.

Néanmoins, tout ce qui s’est passé à partir de son emprisonnement nous échappe un peu. Il faut se rappeler la rapidité avec laquelle les événements se sont enchaînés. Il passe de l’astre au désastre. De janvier à avril, c’est le succès absolu. Tous les théâtres jouent à la fois les pièces de Wilde. Il ne peut pas sortir sans être assailli. Et le 20 juin, il est en prison. On doit prendre en compte ce contexte humain terrible. Celui d’une déchéance brutale. Maîtrise-t-il encore sa volonté ?

« WILDE A CHOISI SA CHUTE »

LP — La vie d’Oscar Wilde ressemble à une tragédie… Trouve-t-on des passages tragiques dans ses écrits ?

XD — La tragédie suppose la conscience de la victime. C’est ce qui fait la différence avec le drame. Wilde a parsemé sa vie de phrases prémonitoires, y compris sur son personnage de Dorian Gray en affirmant qu’il fallait brûler sa vie jusqu’au bout et aller jusqu’au bout de sa vérité. Wilde provoque sa chute : il porte plainte, après avoir reçu la lettre du marquis de Queensberry qui l’accuse de « sodomie ». Il refuse ensuite toutes les échappatoires, y compris l’exil. Une grande partie de l’Europe dénonçait la persécution des homosexuels qui se pratiquait en Angleterre. Il aurait pu trouver refuge dans un pays étranger. Il a choisi sa chute, d’une certaine façon.

Source : Propos recueillis par Laurent Ottavi pour "LibertéPolitique.com

Xavier-Darcos
Oscar a toujours raison

Plon, septembre 2013
251 p., 20 €

Christian Vancau : Biographie de Louis-Ferdinand Céline


Présent dans son n° 8163 du samedi 9 août 2014  s'intéresse à la fois à Oscar Wilde et à Louis-Ferdinand Céline !





Les Pamphlets de Louis-Ferdinand Céline disponibles aux Éditions de La Reconquête


samedi 11 mars 2017

Cérémonies en mémoire de Jean Bastien-Thiry et de tous les martyrs de l’Algérie Française



MÉMOIRE DE LA RÉSISTANCE ALGÉRIE FRANÇAISE




La liste ici présentée est très loin d'être exhaustive, traditionnellement de nombreuses manifestations ont lieu partout en France métropolitaine et outre-mer qui ne font l'objet que d'une communication locale ou au sein des associations organisatrices… Manifestations chaque année toujours encore plus nombreuses…


54ème anniversaire du sacrifice du Colonel Jean Bastien-Thiry


Carton d'invitation aux cérémonies du 54ème anniversaire de la mort de notre père, de la part d'Hélène Bastien-Thiry
Venir en voiture à Bourg-la-Reine, différents parkings sont possibles :
- le plateau du Gymnase de la Faïencerie, 30 rue Jean-Roger Thorelle, situé à côté de l'autre entrée du cimetière (à l'autre bout de la grande allée centrale). On y accède par la RN20 vers Paris, en tournant à droite juste après avoir dépassé la rue de la Bièvre (gratuit) ;
- Le parking Condorcet, payant, au 69 avenue du Général Leclerc (400m du cimetière) ;
- Le parking du Centre-Ville, payant, 66 bld du maréchal Joffre, sur la RN 20 vers la province avant la gare du RER (700m du cimetière).
Venir par le RER : la gare RER de Bourg-la-Reine est située à 800 m du cimetière. Elle est desservie par la ligne B du RER.
À défaut d'être présents, unissez-vous en prière et en pensée le 12 mars à 15 heures à la cérémonie du cimetière de Bourg-la-Reine en présence des filles du colonel Jean Bastien-Thiry, Hélène et Odile.

Autres messes pour le repos de l'âme de Jean Bastien-Thiry :
- Dunkerque :
Messe le dimanche 12 mars à 17 heures, en l'église Saint Martin.

- Fondettes (37230) :
Messe le jeudi 9 mars à 9 heures.

- Fréjus : 
Messe le dimanche 12 mars à 18 heures, en la cathédrale de Fréjus.

- L'Illiers l'Évêque (27770) : 
Messe le samedi 11 mars à 10 heures 50, à la chapelle du Brémien, 2 rue de L'Orée du Bois.

- Marseille :
Messe le lundi 13 mars à 15 heures 30, en la basilique du Sacré-Cœur, avenue du Prado, 13008.

- Meylan (38) : 
Messe le mardi 14 mars à 11 heures, au Prieuré Saint Pierre Julien Eymard, 22 chemin du Bachais.

- Nancy : 
Messe le samedi 11 mars à 18 heures 30 à la chapelle du Sacré-Coeur, 65 rue Maréchal Oudinot.
- Paris :
Messe sera célébrée le  samedi 11 mars par M. l'abbé X. Beauvais ( heure et lieu seront communiqués ultérieurement). 
- Toulon : 
Messe le samedi 11 mars à 18 heures, en la cathédrale de Toulon, rue Louis Jourdan.

- Toulouse :
Messe le samedi 11 mars à 18 heures 30, en l'église du Feretra , 11 place Saint Roch.

Autres messes commémoratives :
- Paris :
Messe le lundi 27 mars à 18 heures 30, en l'église Saint Nicolas du Chardonnet (75005) pour le repos de l'âme des victimes du 26 mars.
- Antibes :
Messe le lundi 27 mars à 18 heures, en l'église du Sacré-Cœur pour le repos de l'âme des martyrs de l'Algérie Française.
- Montauban :
Messe le samedi 18 mars à 10 heures, en l'église Saint-Jacques pour le repos de l'âme de tous les martyrs de l'Algérie Française.

Pour toute communication ou renseignement contacter le Cercle Jean Bastien-Thiry, B.P.50070, 78170 La Celle-Saint-Cloud.


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Bastien-Thiry : 11 mars 1963 - 11 mars 2017 … Que sa voix résonne à jamais…






 Extrait de la Déclaration du Colonel Bastien-Thiry, le 2 février 1963 devant la Cour militaire de Justice de Vincennes :
« Le danger que court actuellement ce pays ne vient pas d'un risque de destruction physique ou matérielle : il est plus subtil et plus profond car il peut aboutir à la destruction de valeurs humaines, morales et spirituelles qui constituent le patrimoine français . Ce patrimoine provient d'un héritage qui est à la fois grec, latin, occidental et chrétien et repose sur une conception précise de la liberté et de la dignité de l'homme et des collectivités humaines et sur la mise en application de principes fondamentaux qui sont la recherche et le souci de la justice, le respect de la vérité et de la parole donnée et la solidarité fraternelle entre tous ceux qui appartiennent à la même collectivité nationale . Nous croyons qu'on ne viole pas impunément et cyniquement ces différents principes sans mettre en péril de mort, dans son esprit et dans son âme, la nation tout entière . »
À l’aube du 11 mars 1963, Jean-Marie Bastien-Thiry est fusillé au fort d'Ivry. Cette exécution politique est la dernière qu'ait connue la France à ce jour. La victime est un polytechnicien de 35 ans originaire de Lunéville, marié et père de trois fillettes. Scientifique brillant et de stature internationale, il œuvre à la Cité de l'Air, à Paris, avec le grade de lieutenant-colonel, quand sa conscience est bouleversée par le drame algérien…

De Gaulle était revenu au pouvoir grâce au soulèvement de l'armée et des Français d'Algérie, le 13 mai 1958. Ces derniers craignaient à juste titre que le gouvernement de la IVe République ne négocie un retrait des trois départements algériens. Ils placèrent naïvement leurs espoirs en De Gaulle qui leur promit sans ambages de maintenir l'intégrité du territoire. Mais une fois au pouvoir, De Gaulle décida de l'impossibilité de maintenir le statu quo en Algérie. Il se refusa d'autre part à octroyer aux Musulmans d'Algérie tous les droits des citoyens français comme l'eussent souhaité l'ancien gouverneur Jacques Soustelle... ou des militaires comme Jean-Marie Bastien-Thiry. Restait l'alternative de l'indépendance. Il fallut près de quatre longues années pour que De Gaulle pût convaincre ses partisans que l'indépendance de l'Algérie était inéluctable.

La déconfiture fut totale. Après la signature des accords d'Évian, les Pieds-Noirs refluèrent en désordre vers la métropole et les vainqueurs du FLN assassinèrent dans des tortures affreuses plusieurs dizaines de milliers de harkis et autres musulmans francophiles, abandonnés par l'armée française et le gouvernement de De Gaulle. Comme beaucoup de militaires de sa génération, Jean-Marie Bastien-Thiry ne comprit pas les revirements de De Gaulle. Il les interpréta comme autant de trahisons à l'égard de la Nation, des Français d'Algérie et des Musulmans fidèles à la France.

Refusant l'inéluctable, Jean-Marie Bastien-Thiry se convainquit que De Gaulle était un obstacle à la restauration de la grandeur de son pays. C'est ainsi que sous l'égide d'un mouvement clandestin, le Conseil National de la Résistance (CNR) de Georges Bidault, il organisa un attentat contre le cortège de De Gaulle. Le 22 août 1962, au Petit-Clamart, dans la banlieue sud de Paris, alors que De Gaulle se rend de l'Élysée à sa résidence de Colombey-les-deux-Églises, la DS présidentielle est mitraillée par les six tireurs du commando de Jean-Marie Bastien-Thiry. Les conjurés visent principalement les pneus afin d'arrêter la voiture. Mais les pneus résistent aux balles et le sang-froid du chauffeur fait le reste. Les tireurs sont bientôt arrêtés. Jean-Marie Bastien-Thiry est arrêté à son retour d'une mission scientifique en Grande-Bretagne. Un tribunal d'exception, la Cour militaire de Justice, jugera les prévenus…

L'attentat dit "du Petit Clamart" visait à arrêter le Chef de l'État afin de le traduire en Haute Cour pour forfaiture, crimes et trahison. Les conjurés ont tiré principalement sur les pneus afin d'arrêter la voiture… Qu'enfin se tienne pour l'Histoire le procès du seul coupable vrai criminel dans ce drame…

Le prétendu procès dit  "du Petit-Clamart" s'ouvre au Fort de Vincennes le 28 janvier 1963, devant la Cour militaire de justice. La Cour est composée des généraux Gardet et Binoche, des colonels Bocquet et Reboul et de l'adjudant Latreille. Le siège du Ministère Public représentant du "pouvoir de fait" est occupé, en premier lieu par le général Sudaka, qui, malade en cours d'audience, est remplacé par le général Gerthoffer. Jean-Marie Bastien-Thiry, Alain Bougrenet de la Tocnaye, Jacques Prévost, Pascal Bertin, Lazlo Varga, Étienne Ducasse, Pierre-Henri Magade, Alphonse Constantin, Gérard Buisines comparaissaient, accusés de complot contre la sûreté de l'État et tentative d'assassinat contre le président de la République. Ils sont défendus par maîtres Tixier-Vignancour, Richard Dupuy, Le Corroller, Engrand, François Martin, Louis-François Martin, Cathala, Szigeti, Jacquet, Prévost, Coudy, Flécheux, Lemeignen, Varaut, Wagner, Rambaud, Damien, Gibault, Labedan-Puissan. À la suite d'un incident d'audience, maître Jacques Isorni chargé de la défense de Prévost, est suspendu pour trois ans en cours d'audience par décision de la Cour. Le jugement intervient le lundi 4 mars. Jean-Marie Bastien-Thiry, Alain Bougrenet de la Tocnaye, Marcel Prévost sont condamnés à mort, les autres accusés sont condamnés à diverses peines de réclusion criminelle et de prison. Georges Watin, Serge Bernier, Louis de Condé, Lajos Marton, Jean-Marie Naudin, sont condamnés par contumace à des peines allant de la prison à la mort. Le cas de Gyula Sari, est disjoint. Alain Bougrenet de la Tocnaye et Jacques Prévost seront graciés. Jean-Marie Bastien-Thiry a sera fusillé à l'aube du 11 mars 1963.

Le lundi 11 mars à l'aube - une semaine après le verdict - d'importantes forces de police entourent la prison Fresnes. D'autres jalonnent la route qui conduit au Fort Ivry. Celui-ci est lui-même étroitement surveillé. Dans sa cellule, on vient réveiller le colonel Bastien-Thiry. Il dort profondément. Dès qu'il ouvre les yeux, il comprend. Ses premières paroles sont pour ses amis : Quel est leur sort ? On le rassure : ils ont été graciés. Alors il s'habille posément, revêt par dessus ses vêtements civils une capote bleue de l'armée de l'air, sans galons. Il ne dit rien. Déjà, il se détache du monde, cependant que ses avocats, dans un ultime effort pour le sauver, lui font signer cette déclaration : « Je proteste contre ma condamnation et mon exécution. Ma condamnation est illégale. Mon exécution est un assassinat. Je demande qu'il y soit sursis jusqu'à ce que le Conseil d'état se soit prononcé sur la validité des arrêts de la Cour Militaire de justice. » On transmet au général Gerthoffer, chien de garde du "pouvoir de fait". Après quelques instants de discussion, celui-ci refuse le sursis, Le condamné entend alors la messe, reçoit la communion. Ceux qui assistèrent à ces derniers instants ont rapporté à quel point ils avaient été frappés par le rayonnement intérieur qui émanait alors de l'homme qui allait être immolé.

Bastien-Thiry prend place dans un fourgon cellulaire. Pendant le trajet, il prie. Le convoi parvient au Fort d'Ivry. Le condamné marche vers le poteau en tenant toujours son chapelet entre ses doigts. On l'attache, on veut lui bander les yeux. il refuse, comme l'avaient fait avant lui Albert Dovecar, Claude Piegts, Roger Degueldre. À 6 h 46, la salve retentit, puis le coup dit « de grâce ». Le lieutenant-colonel Bastien-Thiry est mort. On emporte son corps à Thiais. On l'enfouit dans le carré des suppliciés, à la sauvette, comme ces voleurs pendus jadis à Montfaucon que l'on entassait dans les fosses communes. Autour de cette tombe sans croix, quelques gendarmes, garde dérisoire. Bernanos a écrit ces mots admirables : « Nous ne souffrons pas en vain. Nous souffrons pour tous les lâches qui ne risquent rien. Que Dieu ait pitié de nous ». À qui pourraient-ils mieux s'appliquer qu'à celui qui dort en paix avec lui-même, sous les broussailles de Thiais?
« Je suis persuadé que notre mort, si elle avait lieu, secouerait la torpeur du peuple français », s'était écrié Alain de la Tocnaye devant ses juges. Il était bon prophète : la stupeur, l'indignation accueillent la mort de Bastien-Thiry, chez ceux-là mêmes qui s'opposaient farouchement à ses thèses politiques.


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Calendrier des manifestations organisées, soutenues ou encouragées par l'ADIMAD-MRAF
(pour une meilleure lecture utilisez le zoom)



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Présence de Jean Bastien-Thiry… Il pleut sur le fort d'Ivry

Cérémonies en mémoire de Jean Bastien-Thiry et de tous les morts pour l’Algérie Française (2015)

Hommage au colonel Jean Bastien-Thiry… Que sa voix résonne à jamais… (2014)

1963-2013 : Présence de Jean Bastien-Thiry, cinquante ans après…


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dimanche 5 mars 2017

Comment éliminer radicalement le terrorisme wahhabite ?…



Voulez-vous savoir comment les États-Unis pourraient éliminer 
le terrorisme islamique mondial et la faim dans le monde ?





Si cela semble absurde et contraire à l’éthique ─ « les États-Unis ne vont pas passer à l’offensive et voler les ressources naturelles d’autres peuples, surtout ses alliés ! » ─, considérons certains faits.

Tout d’abord, quiconque considère ISIS comme un cancer sur la terre qui doit être éradiqué ─ et la plupart des Américains, y compris le président américain Donald Trump, ont cette opinion ─ doit également voir l’Arabie saoudite en des termes semblables. Car le royaume désertique applique le même genre d’islam qu’ISIS – avec toutes les intolérances religieuses, les décapitations, les crucifixions, les mutilations et la misogynie que nous associons aux terroristes.

Pire encore, ce pays dépense une somme astronomique de 100 milliards de dollars annuellement ─ soit des milliers de milliards depuis des décennies ─ pour soutenir et diffuser la forme la plus vile de l'Islam (wahhabisme / salafisme) dans le monde. Pratiquement toute la littérature radicale, les mosquées radicales, les sites radicaux et les programmes satellitaires radicaux ─ qui créent tous ces musulmans radicaux ─ sont financés par l’Arabie saoudite. En d’autres termes, si vous suivez la « radicalisation » des musulmans ─ y compris vos anciens voisins et collègues qui sont soudainement devenus très pieux, se sont fait pousser la barbe ou ont enfilé un voile, puis se sont fait tuer en martyrs dans un attentat-suicide ─, l’argent saoudien sera presque toujours au bout de la ligne.

Cela empire encore : le royaume islamique n’est pas seulement le principal exportateur d’idéologies radicales ; il est aussi le principal financier et soutien matériel des pires groupes terroristes. ISIS et al-Qaïda n’existeraient pas sans l’Arabie saoudite et les largesses des autres États du Golfe.

Alors, comment l’Arabie saoudite est-elle en mesure d’alimenter ce djihad polyvalent et global ? Entièrement avec ses réserves de pétrole sous la péninsule arabique.

Maintenant, dans un monde équitable, les Saoudiens devraient sûrement garder les ressources naturelles de l’Arabie, même si c’est l’Occident qui a découvert et créé la technologie pour utiliser le pétrole. Mais lorsqu’ils utilisent ouvertement cette richesse pour répandre la haine, la tourmente, le terrorisme et le massacre d’innocents dans le monde, la communauté internationale est sûrement en droit de répondre ─ en l’occurrence, en saisissant l’arme de leurs mains, c’est-à-dire les puits de pétrole.

Certains pourraient soutenir que, quels que soient les mérites de cet argument, il n’y a aucun moyen pour les dirigeants américains de vendre une telle guerre au peuple américain. En fait, ils le pourraient ─ très facilement ; et tout ce qu’ils auraient à faire, c’est dire au peuple américain la vérité pour obtenir une volte-face.

Rappelez-vous, l’establishment s’est déjà comporté de manière plus « spectaculaire », y compris en passant à l’offensive contre plusieurs dirigeants arabes ─ en Irak, en Libye et maintenant en Syrie. Dans tous les cas, les vrais motifs de guerre étaient cachés au public, probablement parce qu’ils ne servaient pas et ne servent pas les intérêts américains (d’où la raison pour laquelle ISIS est maintenant enracinée dans l’Irak « libéré », ou à la Syrie « libérée »). Tous ce que les dirigeants américains et les médias avaient à faire, c’était de présenter Saddam, Kadhafi et Assad comme des « monstres » persécutant leur propre peuple. C’était assez pour la plupart des Américains pour acquiescer à ces guerres, si ce n’était pas de les soutenir de tout cœur.

Dans le cas de l’Arabie saoudite, l’establishment n’aurait pas à tromper le public : le régime saoudien est un monstre. Comme dans les territoires détenus par ISIS, les femmes ne sont guère mieux loties que des biens ou des meubles ; les blasphémateurs, les apostats et les homosexuels sont persécutés et parfois exécutés ; tous les non sunnites ─ des hindous aux chiites ─ sont des sous-humains infidèles à traiter en conséquence ; les églises sont fermées, les bibles et les crucifix confisqués et détruits, et les chrétiens pris en flagrant délit d’adoration en privé, jetés en prison et torturés. L’Arabie saoudite est sans doute encore plus arriérée qu’ISIS : les femmes peuvent encore conduire à Mossoul et Raqqa, alors qu’elles en sont interdites à Riyadh ; et le gouvernement saoudien a son propre département spécial consacré à traquer et exécuter les sorcières et magiciens.

La sauvagerie saoudienne ne se limite pas non plus à la péninsule. Le régime a publié une fatwa, ou un décret sanctionné par l’islam, toujours disponible en ligne pour que tous puissent voir, en appelant les musulmans du monde à haïr tous les non-musulmans (c’est-à-dire plus de 99% des Américains ; voici ce que « nos amis et alliés » pensent vraiment de nous).



Bref, d’un point de vue libertarien ou humanitaire ─ et c’est le point de vue qui a été utilisé pour justifier la guerre en Irak, en Libye et en Syrie ─, la tyrannie de Saddam, de Kadhafi et d’Assad est bien pâle par rapport à celle des dirigeants saoudiens.

Dans ce contexte, comment arrêter cela ? Disons que le Conseil de sécurité de l’ONU ─ l’Amérique, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine, toutes nations qui ont souffert de la radicalisation et du terrorisme financés par l’Arabie saoudite ─ enverrait une coalition militaire pour saisir et internationaliser les puits de pétrole d’Arabie ? En quoi cela serait-il différent de la saisie des avoirs d’une organisation terroriste, que ce régime représente ? Il n’y aurait même pas de « guerre », certainement rien à l’échelle de l’invasion américaine de l’Irak.

Le pétrole peut être partagé à parts égales, des prix internationaux justes peuvent être établis et, pour apaiser toute culpabilité occidentale, les revenus ─ y compris les 100 milliards dépensés annuellement de parrainage du radicalisme islamique et de la terreur ─ peuvent aller aux pauvres et aux nécessiteux du monde. Les Arabes péninsulaires pourraient encore recevoir une riche allocation ; ils peuvent garder la Mecque et Médine et, s’ils le désirent encore, pratiquer la charia pour eux-mêmes sans être une menace pour le monde civilisé en général.

Un deal gagnant-gagnant pour tous les pays concernés ─ le monde développé, le monde sous-développé et même les Arabes péninsulaires contents de pratiquer l’islam entre eux. Même les musulmans du monde, dont on nous dit qu’ils sont extrêmement modérés, devraient accueillir avec joie la libération de leurs lieux sacrés.


La complicité avec l'Arabie saoudite exportatrice du wahhabisme ne date pas d'aujourd'hui… DeGaulle s'y est, lui aussi, complu



Les seuls qui vont perdre sont ceux qui s’engagent à utiliser la richesse pétrolière pour répandre les idéologies islamiques radicales et le terrorisme dans le monde.

Si cette proposition semble encore trop « irréaliste », rappelez-vous : nous avons déjà eu des précédents où les États-Unis se sont comportés de façon plus spectaculaire. En 2003, l’administration Bush a accusé Saddam Hussein d’être derrière le 11-Septembre, de développer des armes de destruction massive et d’avoir commis des violations des droits humains sans précédent. Parce que ces accusations étaient fausses ou exagérées ─ même les violations des droits de l’Homme étaient souvent menées contre des types d’ISIS ─, la plupart des nations du Conseil de sécurité ont rejeté la guerre contre l’Irak. Néanmoins, les États-Unis ont envahi et conquis l’Irak ; et l’Américain moyen était assez d’accord.


Barack Hussein Obama et Salmane ben Abdelaziz al-Saoud… copains comme cochons !


Alors, qu’est-ce qui empêchera les États-Unis de remettre le couvert seuls ou en coopération avec tous ou certains membres du Conseil de sécurité ─ peut-être un effort commun Trump / Poutine ─ pour couper la lignée du terrorisme mondial ? Ce n’est pas la realpolitik, les théories de « l’équilibre du pouvoir » ou les normes éthiques qui empêchent les États-Unis de défaire la tête du serpent djihadiste. Si les États-Unis ont pu aller à l’encontre de l’opinion internationale et envahir l’Irak sous un certain nombre de prétextes faux / douteux, pourquoi ne peuvent-ils pas faire de même avec une nation qui est coupable de soutenir et de disséminer le radicalisme et le terrorisme dans chaque coin du globe ? Par ailleurs, à la différence de Saddam Hussein, les dirigeants saoudiens ─ pour ne rien dire des 15 terroristes du 11-Septembre sur 19 ─ étaient effectivement impliqués dans les attentats du 11-Septembre, au cas où les Américains seraient encore intéressés de se faire payer cette facture.


Impensable que ce président, si niais soit-il, n'ait pu saisir l'allégeance au wahhabisme découlant d’un tel acte…



Un président tout ravi de brandir un cimeterre, l'épaule couverte du drapeau de l’Arabie saoudite,
le drapeau vert wahhabite frappé de l’inscription de la cha'ada associée à un sabre,
symbolisant la soumission consentie ou non à la charia et au wahhabisme.


Le prince wahhabite héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Nayef, ministre de l'Intérieur du royaume,
est décoré de la Légion d'honneur vendredi 4 mars 2016 par Hollande


Pourquoi cette proposition n’a-t-elle pas été mise en œuvre ? Parce que les Saoudiens savent mieux que quiconque quelle est la vulnérabilité de leurs activités terroristes et qu’ils ont acheté, il y a longtemps, des politiciens, des institutions, des universités et des médias occidentaux influents ─ en un mot, l’establishment. Autrement dit, la richesse saoudienne n’est pas seulement consacrée au djihad offensif, à la propagation d’idées et des groupes radicaux à travers le monde, mais au djihad défensif. Cela consiste à « donner » des milliards à des éléments occidentaux clés, qui à leur tour blanchissent ce pays devant le public américain ─ vous savez, notre « allié indispensable dans la guerre contre le terrorisme ».


Et, est-ce qu'en France cela changerait avec la Marine ?
La Marine, au Liban les 19 et 20 février 2017, a rencontré Hariri, cet homme d'affaires étroitement lié à l'Arabie saoudite donc au wahhabisme…
Encore une qui ouvertement mange au même râtelier que les terroristes takfiris wahhabites…
avec, comble du mensonge et de l'hypocrisie, un prétendu soutien aux Chrétiens d'Orient !


"Plus puissante que l'épée"… ou de l'art de tromper tout le monde…
La Marine a fait son cinéma en croyant humilier le Grand Mufti du Liban…
Pas de voile devant le Grand Mufti mais le fric wahhabite dans la poche !
Ce qu'elle ne dit pas c'est qu'auparavant elle a rencontré le président du Conseil des ministres Saad Hariri homme d'affaires né à Riyad et étroitement lié à l'Arabie saoudite donc au wahhabisme propagateur de l'idéologie mère du terrorisme à travers le monde… Pas de voile devant le Grand Mufti mais le fric wahhabite dans la poche ! Comment donc paiera-t-elle sa dette vis à vis des wahhabites qui, soyons-en certains, ne l'oublieront pas… Comment fera-t-elle payer sa dette par les Français ?
Mais la Marine n'aura reçu que des miettes… les patrons wahhabites des Hariri ont misé sur un autre canasson. Shiacity veille… et nous livre cette info que et Macron et l'Arabie saoudite auraient voulu occulter :

À Paris le 4 mars 2016, François Hollande, a décoré de la Légion d’Honneur le prince Mohammed bin Nayef bin Abdelaziz Al Saoud, prince héritier, vice-président du Conseil des ministres et ministre de l’Intérieur, pour son action… dans la lutte contre le terrorisme ! Emmanuel Macron alors ministre de l'Économie accueillait le prince à Roissy.[Saudiarabiatoday]
Bruxelles le 24 février 2017, Emmanuel Macron rencontre Abdulrahman S. Alahmed, ambassadeur de l’Arabie saoudite à Bruxelles accompagné de Philippe Close, membre du Parti socialiste (PS) en Belgique. Philippe Close souligne que l’ambassadeur de l’Arabie saoudite à Paris, Al-Ankary et Emmanuel Macron se sont rencontrés à plusieurs reprises. Et Philippe Close ajoute : « Riyad soutient Emmanuel Macron à la présidentielle 2017. Le Royaume d’Arabie Saoudite a décidé de financer plus de 30% de la campagne d’Emannuel Macron pour l’élection présidentielle 2017. » [shiacity.fr]



Le roi d'Arabie saoudite Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, ambassadeur du wahhabisme, débarque dans l'Est de l'Asie…



L’establishment a un autre travail plus subtil : conditionner les Américains à croire que l’idée même de saisir le pétrole saoudien est aussi irréaliste et absurde que… eh bien, de voir Donald Trump devenir président.

Mais les temps changent et les vieux paradigmes se brisent ; des choses jadis dédaignées par l’establishment comme « impossibles » et « ridicules » arrivent. Au fait, il y a un nouveau gouvernement américain en ville, dirigé par quelqu’un dont l’immense richesse l’immunise contre les pots-de-vin saoudiens ─ celui qui promet de drainer le marais. L’une des choses les plus grossières qui seront sûrement trouvées, collées autour du trou de drainage et ayant besoin d’être éradiquées, c’est l’alliance impie entre l’Arabie saoudite et l’establishment.

Raymond Ibrahim

Note du Saker Francophone

Voici un nouvel auteur trouvé en papillonnant sur le web, donc l'article est à prendre avec des pincettes mais l'idée générale fait son chemin. Il n'est pas le premier à en parler. Si on veut être taquin, il faut se dépêcher, sinon les puits seront à sec.

Si on surveille attentivement la toile, on peut peut-être aussi relier cet article à une étonnante minute de vérité d'Éric Denécé du Cf2R sur la situation en Syrie devant un Yves Calvi « faussement » étonné.

Le site Stratpol (site d'analyses politico-stratégiques) vient d'ailleurs de publier une série de vidéo d'un colloque du Cf2R (Centre français de Recherche sur le Renseignement) sur le thème de l'idéologie wahhabite dont voici les vidéos mises en ligne. Juste au moment où Trump arrive au pouvoir ? Assiste-t-on à un revirement géopolitique dont les Saoudiens vont faire les frais ?


Sources :

- Le Saker Francophone - Saisir le pétrole saoudien pour résoudre les problèmes mondiaux


- Article original (en anglais) : Raymond Ibrahim - Seize Saudi Oil, Solve World Problems

Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) : La menace mondiale de l’idéologie wahhabite

Aux origines du terrorisme : "L'idéologie wahhabite, une menace mondiale"

Wayne MADSEN - Les Dönmeh : le secret le plus chuchoté du Moyen Orient (25 octobre 2011)

Le terrorisme n’est pas un ennemi mais un moyen de faire la guerre, tous les États l'utilisent

Catherine Shakdam : A History of Wahhabism and the Hijacking of the Muslim faith


samedi 25 février 2017

Quand la Syrie s'éveillera…


InfoSyrie emprunte au site realpolitik.tv animé notamment par Aymeric Chauprade, spécialiste français très en vue des questions de géostratégie, cette présentation vidéo où l’historien Philippe Conrad – rédacteur en chef des revues Histoire Magazine et Terres d’Histoire – rend compte du livre Quand la Syrie s’éveillera, paru en janvier 2011 chez Perrin :

Écrit par Richard Labévière, rédacteur en chef de Défense, revue de l’Institut d’études de Défense nationale, et Talal el-Atrache, correspondant à Damas de plusieurs médias français, et par ailleurs arrière-petit-fils d’un des leaders de la révolte syrienne contre le mandat français, le livre retrace l’histoire de la Syrie politique, depuis l’avortement du grand royaume arabe promis par les Anglais et l’établissement du mandat français sur la région en 1920 jusqu’à l’avènement à l’été 2000 de Bachar al-Assad à la tête de l’État. Et on y trouve une analyse de la société syrienne actuelle, qu’on pourra lire avec profit à la lumière des actuels événements.
Entre autre choses, Labévière et el-Atrache rappellent les contentieux opposant historiquement Damas et Paris : détachement arbitraire du territoire libanais dès 1920, politique systématique de morcèlement de la Syrie sur des bases communautaires, cession du Sandjak d’Alexandrette à la Turquie, révoltes locales durement réprimées (notamment en 1925 et 1945). À quoi répondent, côté français, la longue amitié, au temps de la guerre froide, entre la Syrie baasiste et l’URSS, les accusations de manipulations de groupes terroristes au Liban dans les années 80, et l’imputation à Damas, pour le moins hâtive, de l’assassinat de Rafik Hariri en 2005, sans oublier, surtout depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, l’alignement français sur les positions américaines qui voient dans la Syrie baasiste un obstacle aux projets de « remodelage » du Proche-Orient dans le sens des intérêts de Washington et de Tel Aviv.

Tout ceci est à l’origine de l’image caricaturale dont pâtit la Syrie, en France et en Occident. Image contre laquelle s’insurge dans sa préface Alain Chouet, ex-responsable du service de renseignement de sécurité de la DGSE et fin connaisseur du Proche-Orient : oui, dit-il, la Syrie est un État autoritaire, mais pas plus répressif que la Tunisie de Ben Ali et l’Égypte d’Hosni Moubarak soutenus jusqu’au bout par les Occidentaux ; oui c’est un État resté ferme face aux prétentions et agissements des Américains et Israéliens, mais qui avait choisi l’Occident contre Saddam Hussein en 1990, et que, plus récemment, Sarkozy avait voulu intégrer dans son « Union pour la Méditerranée » mort-née.

L’intérêt de l’ouvrage est qu’il a été écrit juste avant le mouvement de contestation actuel. Dans sa préface, Alain Chouet envisage des scenarii pour l’avenir. L’un d’entre eux, qui semble se confirmer, est le raffermissement d’un nouveau « front du refus » unissant la Syrie, l’Iran, et les nationalistes irakiens anti-américains ; l’autre, qui ne semble pas vraiment ratifié par l’actualité en cours, imagine un rapprochement de Damas avec Paris et l’Union européenne – mais il ne faut pas oublier qu’en 2008, Bachar était jugé très fréquentable par Sarkozy, qui l’invitait même à la revue du 14 juillet…

Régulièrement présentée par les médias occidentaux comme une sorte de dictature ubuesque appartenant à l'axe du mal, la Syrie carrefour des civilisations égyptienne, perse, grecque, romaine, byzantine et turque fut pendant une trentaine d'années sous administration française. La Syrie demeure également l'un des berceaux de la chrétienté où vivent, dans une totale liberté de culte, près de 2 millions de chrétiens. Ce pays est en effet l'un des rares États arabes laïcs à garantir un égal accès aux fonctions publiques et privées à tous ses citoyens, hommes et femmes, quelle que soit leur confession. Fruit de nombreuses années de reportage sur le terrain, de sources inédites et d'entretiens exclusifs avec des témoins capitaux, dont le président Bachar al-Assad, ce portrait de la Syrie d'aujourd'hui nous offre un éclairage original sur la situation actuelle du Proche-Orient. De la naissance du nationalisme arabe et de la création d'Israël à l'héritage piégé d'Hafez al-Assad et aux conséquences de la chute de Bagdad en 2003, les auteurs nous révèlent aussi comment l'assassinat de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri a favorisé une tentative de renversement du régime syrien et comment la guerre mondiale contre le terrorisme a ajouté au chaos mondial. Néanmoins, la Syrie est incontestablement redevenue le pays pivot du Proche-Orient : il était temps de mieux le connaître.



Richard Labévière est rédacteur en chef de Défense, la revue des auditeurs de l'IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). Spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, il est l'auteur d'une quinzaine de livres dont "Les Dollars de la terreur : les États-Unis et les islamistes" et "La Tuerie d'Ehden ou la malédiction des Arabes chrétiens". Talai el-Atrache est correspondant de la presse française et libanaise à Damas. Arrière-petit-fils de Sultan el-Atrache, le chef de la Grande révolte syrienne (1925-1927), il est lauréat du prix Lorenzo Natali 2007 décerné par la Commission européenne.